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__CHANSON FRANÇAISE__

 

sélection du mois de mai 2002

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SARCLO : " L'amour est un commerce, mais la décharge est municipale " (EPM Musique, France, 2001)

NS1129 (réf. Médiathèque)

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Tri sélectif

Furieuse et belle

Avec un titre choc à la Thiéfaine et un avertissement aux susceptibles auditeurs, Sarclo, fidèle à lui-même, annonce sans ambages la couleur. On n'en attendait pas moins de ce Suisse atypique sévissant depuis vingt ans (nommé alors Sarcloret) sur les chemins de la chanson buissonnière. Cet éternel oublié des hit-parades au pays des coucous et d'ailleurs, ce tendre funambule fait fromage de tout ce qui passe et de tout ce qui vient. La vie " Une maladie courte et rigolote ", l'amour " Furieuse et belle ", la bêtise humaine " Faut-il apprendre à nos enfants ", les gardes chiourmes " Les nains de jardins " sont autant de prétextes à l'indignation sans jamais oublier l'humour, arme fatale ! En franc-tireur, il n'hésite pas une seconde à se payer la tête de ses congénères chanteurs qui tapissent leurs rengaines en rose bonbonnière. Pieds de nez ravageurs, confidences crève-coeur, bottage de culs aux bien-pensants. Sarclo, au cœur de la meule, tranche un fameux morceau d'humanité à déguster derrière les vitrioliques pitreries d'un verbe impudiquement nu, insolent sous un éclairage cru. Album poupées russes, mélodiquement divers où Stéphane Block (autre Suisse oublié) signe des arrangements subtils.
(Brigitte Lebleu, Charleroi)

 

 

Patrick COUTIN : " Industrial blues " (Universal, France, 2001)

NC6778 (réf. Médiathèque)

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Frustration (je drague)

Assise toute seule

" Tout lasse, tout casse et tout s'efface sauf le souvenir " (extrait plage 2 " Regarde le mur ") Constat froid, lucide, cruel ! Pourtant, il regardait les filles qui marchaient sur la plage dans les années 80. Maintenant, le chanteur a le blues, il drague les mères solitaires dans les jardins d'acclimatation. Le chanteur a des bleus à l'âme et nous les livre. L'heure du bilan a sonné, ce sont des choses qui arrivent ! Le présent qui se mélange au futur et le futur qui se mélange au passé. Bien sur des histoires d'amour, de désir. Des traces sur des draps froissés, tellement peu de choses devant l'éternité… Une fille seule au fond d'un bar, un possible ? Peut-être ! Un train qui ne reviendra jamais. Un " ne m'oublie pas ", un " aime-moi ". Banal… ou légitimement humain… Coutin, avec un savoir-faire certain, tricote ses chansons clichés en blues uni, tonalité dominante d'un album attachant.
(Brigitte Lebleu, Charleroi)

 

 

LES OGRES DE BARBACK & LES HURLEMENTS D'LéO : " Un air, deux familles " (Latcho Drom, France, 2001)

NO2745 (réf. Médiathèque)

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Mootari

Rue de Paname

 

" La Famille ", voilà le maître-mot qu'affectionnent particulièrement tous les complices de ce nouveau courant de la chanson française cimenté, il y a dix ans, autour du groupe " Les Têtes Raides " qui bâtissait les fondations d'un genre actuellement incontournable annonçant le renouveau de la chanson réaliste, littéraire, engagée; habillée de métissages musicaux. " La Famille ", pas celle du showbiz où l'on s'appelle " coco " non ! Celle du besoin de partage, du cœur et des tripes sur la table, celle des différences mélangées avec respect et bonheur. Celle comparable aux gens du voyage, à ceux du cirque, libre de vivre et non de se regarder vivre. Celle qui devient le creuset d'une création éclectique, mariant théâtre, chanson, musique, arts de la rue, expressions artistiques diverses. Palette chatoyante, plaisir d'offrir et de recevoir. Une association " Le chapiteau Latcho Drom " voit le jour en 1998 sur l'initiative des Ogres de Barback. Dans cette salle de spectacle itinérante, ces saltimbanques baladent leur vaisseau de toile aux quatre coins de France. À cette aventure généreuse viennent, comme par osmose, se greffer des affinités électives. Et c'est naturellement que les Hurlements D'Léo se joignent aux " Ogres " pour enregistrer cet album sous ce chapiteau.
Hormis quelques reprises, les compositions sont communes tant pour les textes que pour l'habillage sonore. Collaboration intime dans ces chansons qui font leur quotidien, qui illustrent leurs aspirations profondes. " Un jour toutes nos chansons vous désarmeront / Il n'y aura plus qu'la folie, la joie et l'anarchie " (Extrait  plage 8 " Rue de Paname ").
(Brigitte Lebleu, Charleroi)

 

Bertrand BETSCH : " B.B. Sides " (Visionary Records, Pays-Bas, 2001)

NB2732 (réf. Médiathèque)

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Sinon, il n'y aura rien

To know him is to love him

Milan Kundera dans son roman " L'immortalité " opposait " route " à " chemin ". Il s'appliquait à dire que le monde contemporain était comparable à une route, avec la nécessité d'un " plus vite " rendu possible entre deux points déterminés. Alors que l'essence même d'une existence goûtée se révèle en musardant, en respirant sous-bois et chemins forestiers, en prenant conscience du pas posé l'un après l'autre donnant un sens à la progression, où l'Homme dans sa globalité s'enrichit, s'imprègne de sensations fortes et durables. Dans le panorama de la chanson française, j'aimerais dire qu'il y a, comme partout dans l'acte de création, des artistes " route " et d'autres " chemin ". Ceux qui optent pour l'efficacité ou ceux qui, comme Bertrand Betsch, Stéphan Bloch, Jean Bart… font partie de ces flâneurs de l'existence. A l'origine, le 2e opus de Betsch après " La soupe à la grimace " fut commandé par la maison de production " Lithium " qui projetait de créer une compilation de reprises interprétées par divers chanteurs. L'idée tombe à l'eau mais Betsch se laisse prendre au jeu. Outre une reprise de Dominique A, de Leonard Cohen, de Lou Barlow, il y ajoute deux poèmes et des compositions personnelles. Chansons réappropriées qui lui vont comme un gant / composition d'innocentes comptines pour adultes /  musiques répétitives où les percussions scandent subtilement la " lancinance " du verbe (" Quand je reviendrai ") / interprétation attachante teintée d'accordéon caressé, de boîte à musique, de violons aériens, atmosphère à la " Tiersen " pour un superbe texte de Paul Eluard " Sinon, il n'y aurait rien ". Un album patchwork où les coupons de chansons juxtaposés les uns aux autres mélangent harmonieusement les contraires.
(Brigitte Lebleu, Charleroi)

 

 

JULIETTE : " Le festin de Juliette " (Polydor, France, 2002)

NJ8507 (réf. Médiathèque)

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L'éternel féminin

Un ragga abscons

Juliette ! Irrésistible Juliette ! Frondeuse peste, pie moqueuse, reine mère du jeu de massacre, ogresse de la rime acide, ciseleuse du verbe gourmand, jouisseuse du rythme polymorphe. Avec délectation et jubilation; Juliette, châtaigne de mer dans un gant de velours, nous convie pour ce 6e opus au festin. Cette impertinente garce sait, c'est un fait, dresser le couvert. Pour ces agapes, la dame et son complice Bernard Joyet nous concocteront des mets raffinés. Le buffet sera baroque. Ici, pas de nouvelle cuisine frugale, ce sera ample de plaisirs, de chocs gustatifs. Notre tendre Gargantua en jupon, sans vergogne, nous saoulera de bourrée auvergnate, de mariachi, de flamenco indianisant, d'arabisantes volutes avec darbouka et autre fabliau " Retour à la nature ". Elle nous présentera le trou normand sur lit de boîte à musique. Sans nous laisser de répit, en sarcophage, elle nous déclinera avec saveur " L'éternel féminin ", ce ne sera pas du plaisir superflu. Ehontés, nous nous réjouirons de tous les artifices de l'humour, du jeu de mots, sans omettre la poésie. Avec " Impatience ", nous nous abandonnerons aux chants des sirènes. Et dans un dernier soubresaut de bienséance, afin de remercier la maîtresse de maison, nous nous enquérirons de son absence et, au festin, nous comprendrons que l'important était la fin. " A l'éternel repos dans le dernier repas / ma vie sera dissoute dans chacun de ces plats / mon sang assombrira le ténébreux civet / épicé de remords et poivré de regrets ".
(Brigitte Lebleu, Charleroi)

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