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Haut bas
fragile
Des
maisons de maître, aux caves du centre ville, de la campagne, à la face
cachée de la lune, montent des humeurs, chansons, légères ou graves.
Des
beaux quartiers sourd une plainte.
Compte rendu lucide et fier, des doutes de la pauvre petite fille riche,
Carla Bruni (Quelqu’un m’a dit, NB7951 ),
des problèmes existentiels de l’entourage du gendre bavard, Vincent
Delerm (Vincent Delerm, ND2071 ),
aux chansons dimanche pluvieux de Karen Ann (La Disparition, NK1842
).
Ils font preuve de clairvoyance et d’un
brin d’audace.
On s’y retrouve, un peu, beaucoup, c’est selon.
On
préférera le bruit de la ville, centre nerveux, d’où gronde le constat
amer de nos dérives et celles de la société.
Les Toulousains de Programme (L’enfer tiède, NP7749 )
nous plongent dans le chaos des ruines de l’usine AZF. L’enfer, c’est
ici et maintenant. Arnaud Michniak, chanteur du duo nous prévenait :
« 2002, le produit nous consomme »
et rien ne présage d’une amélioration pour 2003. Mise à nu de nous,
sans pudeur. Ça fait mal, mais il est vital de les entendre décrire nos dérives.
L’intransigeance est aussi de rigueur chez Les Hurleurs (Blottie, NH8613
)
et chez Snut (Des régions dépassées, NS6051 ),
la virulence en moins.
Avec Tue-Loup (Penya, NT8343 ),
on quitte un peu la ville. Groupe de campagne, par excellence, Les Tue-Loup
(lieu-dit introuvable) sont, pour ce troisième opus, partis à la ville.
Gardant bottes et vareuses, ils ont arpenté les rues, les yeux et les
oreilles aux aguets, puis sont rentrés lier à leurs chansons l’urbain
dont ils ont saisi l’essence lors de leur escapade.
Autre retour de voyage, celui de Jean-Louis Murat revenu, bredouille, des
terres stériles de l’Arizona. Il s’est bien juré de ne plus bouger de
son Auvergne, et c’est là qu’il a concocté ce Moujik et sa Femme
(NM8813 ),
simple et élégant, plaisir de la première écoute et spontanéité
retrouvée.
Cousin de Murat, Sylvain Vanot
(Il fait soleil, NV1030 )
est, lui aussi, rentré de son voyage sur les traces de Neil Young. Bien
conscient que la quête était perdue d’avance, il propose dorénavant des
chansons qui lui ressemblent. Touchant.
Loin de la terre, sur la lune ou
ailleurs, Bashung a assemblé en apesanteur et dans l’obscurité L’imprudence
(NB1177 ).
Il atteint, avec ce disque, l’équilibre entre légèreté et gravité. De
ses jeux de langage, parfois hermétiques par le passé, il a fait un tour
de passe-passe. L’interprétation libre des textes est, ici, une ouverture
à l’imaginaire de chacun, la musique prolonge le sens des non-dits.
« Tout est si léger » dit-il dans Faisons envie; en
effet, léger sur la lune, lourd de sens sur terre.
(Benoit Tilkens, Namur)
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