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Johan VAN DER KEUKEN : "Cuivres débridés" (N.O.S. / La Sept/Arte, 106 min., coul., 1993) TB2311 (VHS) (réf. Médiathèque) Pour
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Deux
films récents du documentariste-photographe hollandais Johan van der
Keuken : "Cuivres débridés" et "Amsterdam global
village" viennent de faire leur entrée dans les collections de la
Médiathèque. A propos du premier, disons d'emblée que l'originalité du
cinéaste ne saute pas aux yeux. Il n'y a déjà pas de commentaire
littéraire, apparemment pas de volonté de construire un récit linéaire
qui établisse des relations de causes à effets entre les images et
pourtant, une mise en place fictionnelle s'établit. Il s'agit bien de
cinéma direct mais la captation d'un événement est recomposé suivant
différents points de vues. L'on retrouve donc des éléments du cinéma
de fiction : traveling avant, champ-contrechamp qui peuvent laisser penser
que le cinéaste dispose de plusieurs caméras, alors qu'il travaille le
plus souvent caméra à l'épaule, à la fois opérateur et metteur en
scène. Bien sûr, van der Keuken est d'abord un grand photographe et
aussi un véritable plasticien du cadre, capable de décadrer en
permanence pour multiplier les hors champs significatifs. En cela, son
travail se rapproche de celui du peintre qui rajoute plusieurs strasses à
sa composition. Une autre composante importante du cinéma de van der
Keuken est la musique, qui occupe l'intégralité de champ sonore mêlé
aux bruits de la vie. Très intéressé par le jazz, il n'est pas
étonnant qu'il ait réalisé ce film basé sur une enquête de
l'ethnomusicologue Rob Boonzajer Flaes (Frozen Brass. Anthology of Brass
Band Music Asie-Afrique-Amérique du Sud, Pan Records, 1993). Cependant,
van der Keuken ne se borne pas à une simple illustration musicale. Le
véritable sujet du film est bien la tension entre résistance et
assimilation dans la relation des cultures du colonisateur et du
colonisé. Dans cette collision culturelle, il n'est pas question
(contrairement à ce qu'affirme le résumé de la jaquette) de world music
ni de métissage mais de véritable réappropriation culturelle qui
dégage toutes les tensions contenues dans la cohabitation d'éléments
hétérogènes : harmonies-rythmes, ordre-magie,
monothéisme-polythéisme. Composé de quatre parties réparties
géographiquement au Népal en Indonésie, au Ghana et au Surinam, le film
parvient à établir des formes de rapports entre ces communautés par un
refus permanent du montage linéaire et en préservant les contextes
propres à chaque espace. Car le film, qui ne se focalise pas sur la
musique, prend le temps de découvrir les lieux. Alors, quand dans la
séquence finale, le montage détruit les repaires spatiotemporels pour
établir une polyphonie entre les quatre ensembles musicaux, l'on constate
l'incroyable diversité des tons et des rythmes propres à chacun. La
richesse de cette palette sonore, assemblée à la manière d'un peintre,
résume tout le travail de Johan van der Keuken qui vise selon le critique
François Nimey, l'impossible synthèse peinture-temps-musique. Sans doute
l'un des plus grands documentaristes actuels, Johan van der Keuken, né en
1938, a réalisé 58 films et 7 livres de photographies. Il a bien sûr
obtenu de nombreux prix et, notamment, le grand prix du festival
"Filmer à tout prix" (alors co-réalisé par la Médiathèque)
pour un film impressionnant "L'œil au-dessus du puits". (Ph. Meunier)
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Pour entendre des extraits, cliquez sur le titre de votre choix : Beauty (CD1/2) Cube (CD2/2) |
Johan
VAN DER
KEUKEN (suite) A voir (en VHS) : "Les vacances du cinéaste" (Em. "Grand format", van der Keuken / Lucid Eye Films, 38 min., coul., 1974) - TJ9291 (réf. Médiathèque)"La jungle plate" (Em.
"Grand format", Association pour la sauvegarde de la mer des
Wadden, 86 min., coul., 1978) - TJ5221
(réf.
Médiathèque)
"Amsterdam global
village" (Pieter Van Huystee film & TV / N.P.S. / W.D.R., 96 min.,
coul., 1996) - TJ0651 (réf. Médiathèque)
A écouter :
"Music for his films 1967-1994". Willem Breuker kollectief :
Musique pour les films de Johan van der Keuken (BvHaast, Pays-Bas, 1997)
– UB7428 "Frozen Brass. Asia : Anthology of Brass Band
Music (Pan Records, Pays-Bas, 1993) – MV0020 (réf.
Médiathèque)
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Claire SIMON : "Récréations" (Les Films d'Ici, La Sept/Arte, France, 1992) 55 min., couleur TT5181 (VHS) (réf. Médiathèque) |
Ce film est moins effarant par la violence qu'il montre mais à laquelle on s'attend que par tout le reste qui s'y mêle : soliloques, ruptures incessantes, indifférence, … qui révèlent, via la "récréation" (espace et temps de latence, de non-projet), la face inquiétante, inintégrale et comme folle des comportements humains. Car il faudrait être bien naïf pour penser que, de l'enfant à l'adulte, la connivence n'est pas fondamentale. Erratiques, absents et parfois presque hagards. Ni malheureux, ni déprimés (ni déprimant : le film est, de bout en bout, puissamment drôle, puissant et drôle) mais sauvages et d'une vitalité qui les déborde, plus conduite par un besoin quasi-biologique que par un projet socialisable. Ou bien, la socialisation désignerait seulement la capacité que nous aurions de vivre presque en permanence sur deux plans, les comportements "raisonnables" étant à tout moment aussi vécus sur une autre scène où ceux-ci continueraient à nourrir nos délires, sans toucher, ou presque, à la conformité des apparences. Cette fracture, qui nous habite tous, loin de disparaître quand la nécessité l'exige (la fin de la récréation par exemple, dans ce cas-ci, montre les enfants se glisser instantanément et sans difficulté apparente dans leur rôle d'écolier obéissant), changerait seulement de visage, continuant d'affleurer sous les occupations, les échanges, les projets! . Le passage à l'âge adulte marque-t-il vraiment cette acceptation du réel, cet accord largement conclu avec lui, instaurant de façon enfin stable partage, communication, inscription dans la durée, etc. ou bien l'adulte serait, beaucoup plus qu'on ne veut l'admettre, un enfant seulement plus habile à négocier, attendre, dissimuler, pour pouvoir conserver intacte la scène, vitale pour lui, de son délire ? La socialisation "réussie" serait, dans ce cas, plus de l'ordre de la cohabitation acceptable voire du camouflage que de l'intégration et de la transformation en profondeur. Peut-être que, finalement, la fiction nous requiert bien plus que le réel qui servirait surtout à nourrir celle-ci. Ou, plus précisément, la scène occulte où nous nous tenons, comme en arrière du monde "réel" mais parallèlement à lui, se défendrait de ce monde étranger et hostile en le désactivant, en le recodant selon l'idiome singulier qui nous permettrait de délirer non pas derrière lui mais avec lui. Ainsi nous déshabiterions le monde et nous hallucinerions le réel pour mieux le fuir. "Pour ne prendre que le plus simple : nous sommes pris en permanence entre être absent au monde, ce qui fonde la possibilité d'une objectivité du monde pour nous, en même temps que cela signifie notre propre disparition, et être au centre du monde, sans quoi nous ne serions pas capables de l'investir d'une signification subjective, sans quoi ce monde ne serait pas pour nous. Nous sommes renvoyés d'une subjectivation intégrale du monde qui nous environne à une désubjectivation, non moins entière, qui nous le fait apparaître dans une étrangeté muette, sans qu'il ne nous dise plus rien. Nous nous tenons au plus banal, au plus quotidien, dans une déchirure entre des pôles "fous", également intenables. Sauf que nous parvenons à les tenir ensemble et à nous tenir tant bien que mal dans l'entre-deux. Alors que le mécanisme psychotique consiste dans une désarticulation de ces extrêmes". (Marcel Gauchet. Essai de psychologie contemporaine, Le Débat, octobre 1998). Qu'est-ce qui réunit ces enfants (les agrège devrait-on dire), les fait parler (seuls et comme en miroir, autoritaires face aux autres ou tous ensemble dans la confusion), les sépare (brusquement, sans raisons ni regrets), provoque leurs conflits (presque toujours fabriqués de toute pièce) sinon leur insatiable besoin d'exhibition, d'imitation, de reconnaissance… ? Peu importent la scène et les acteurs : que ceux-ci changent (un groupe se défait, un autre se réforme) ne modifie guère le déroulement du scénario. Activités compulsives d'élémentaire survie psychique : collectionner, cacher, détruire, prendre, jeter, crier, mettre en ordre (ou donner des ordres), se tenir à l'écart, … Plaisir, sécurité et domination : exister en somme. Examinons-nous maintenant, là où nous sommes seuls, livrés comme on dit, à nous-mêmes : dans la voiture ou le demi-sommeil, en promenade, sur le quai de la gare ou au cinéma…, dans les lieux, pendant les moments où certains "excès" (sexe, alcool, …) sont tolérés : fêtes, rassemblements, amours diverses,… et puis, "récréation" terminée, à table, mangeant ou discourant, poussant le caddie au supermarché ou examinant son courrier,… Evoquons ensuite, en désordre, guerre, délinquance, racisme, prostitution, exploitation économique, indifférence aux situations d'extrême pauvreté (mendicité), fascination pour l'horreur, la corruption, le goût de l'argent,… Où donc repérer dans tout cela la présence d'êtres humains lucides, ouverts et curieux du monde, mais bien plutôt la loi souvent brutale d'individus qui renouent sans cesse avec leur volonté de plier la réalité à leurs désirs en la défigurant ? Danse, musique, roman, cinéma, peinture enfin qui n'arrêtent pas, depuis des millénaires, de faire et défaire le réel posent aussi, d'une autre manière, la question d'un monde objectif d'une part (indépendant de nous) et humain de l'autre (où une communauté se constitue dans l'échange). Examinons-nous bien, vous dis-je, notre double jeu est constant, et moi-même qui écris ces lignes, qu'est-ce que je vise, du réel ou de son double et qui cache l'autre ? (L. Lebrun)
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