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___________JAZZ POST-JAZZ______

 

sélection du mois d'avril 2003

consulter d'autres numéros... Sylvie CHENARD / Jon ASENCIO - CHENARD, POULIN, RETREAULT, ST-ONGE - Pierre -Yves MACÉ - John ZORN - Aki TAKASSE / Konrad BAUER - Ramon LOPEZ - Uri CAINE & CONCERTO KÖLN - Myriam ALTER - Rozemarie HEGGEN & Terrie EX - Ernesto RODRIGUES, José OLIVIERA, Marco FRANCO - Paal NILSSEN-LOVE & Mats GUSTAFSSON
   

 

 

Sylvie Chenard / Jon Asencio : « Océan à vendre »

(Ambiances Magnétiques, Canada, 2002)

UA8315

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Boucles à la dérive sur les flots d'un océan de disques à vendre. Expression en survie qui tente de garder la tête hors de l'eau. Expression qui boit la tasse. Sous-marin qui prend l'eau. Torpillé. Mécanique boiteuse qui perd les pédales. Vision périscopique affolée. Fléchissement progressif du rythme tubulaire. On est entraîné vers les bas-fonds. On coule de manière insidieuse. Quasi en apesanteur. Abandonné. La guitare continue à fouiller l'espace tel un sonar. Renvoie des images floues. Reliefs escarpés. Gouffres. L'écho du passé réapparaît. « Ambient » fantomatique. Dans le secret des mers.
À travers les mailles du filet.
(Bertrand Backeland, Mons)

 

 

Chenard, Poulin, Tétreault, St-Onge : « Océan pour la suite »
(Ambiances Magnétiques, Canada, 2002)

UC3097

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Symphonie océane, la suite.
Réanimation des naufragés. Bouche à bouche. Sauvetage in extremis. Le souffle reprend. Fragile. Hoquetant. Cyclique. Impression à travers ce disque d'être à la place de Robinson Crusoë. Esseulé.
Accoutumance au nouvel endroit. Exploration des lieux. Sur le qui-vive. État d'éveil permanent. Hallucinations. Dérobade de crabes. Crissements de pinces. Cisèlement du rythme. Parasites. Puces des sables vous rongeant le crâne. Roulis de coquillages. Cliquetis assourdissants. Cri médusant. Une flore incroyable de sons se trame sous nos pieds. Brassage incessant. Boucles érosives. La vie s'organise au rythme de la marée. Vision infinie. En attente. Expression en survie. Radeau de la mémoire.
(Bertrand Backeland, Mons)

 

 

 

Pierre-Yves MacÉ : « Faux jumeaux »
(Tzadik, USA, 2002)

UM0078

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Rencontre.
Musicien de formation classique, Pierre-Yves Macé sort ici de l'académisme au sens où celui-ci a pour but de fixer les choses. Il met en scène des instruments classiques par excellence [la harpe, le violoncelle, le piano] et leur double enregistré, leurs « faux jumeaux ». Travail sur la matière même de l'enregistrement. Sur ce qu'il est et ce qu'il devient ou peut devenir. Questionnement sur la reproductibilité mécanique des sons, sur le stockage numérique. Le mythe de la méduse est remis en question. Image de reflets immobiles sur l'eau soudain troublés par le jet d'une pierre. Ronds concentriques investissant de nouveaux espaces. Samples fuyants. Répétitions saccadées. Évanouissements. Les interactions empêchent la fixation. Pierre-Yves Macé brouille les pistes pour qui veut le suivre. Recherche rhizomatique. Beau travail.
(Bertrand Backeland, Mons)

 

 

John ZORN  : « Filmworks XIII : Invitation to a suicide »
(Tzadik, USA, 2002)

UZ7195

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Film factice. Fantasmagorie. La musique éveille en nous des images. Double perception [audition / vision] souvent indissociable. Zorn joue le jeu de cette ambivalence. Il fouille l'imaginaire aussi bien auditif que visuel. C'est le treizième volume des filmworks et ce n'est sans doute pas le dernier ! Un nouveau moment, histoire de se rendre compte. On est bercé tout au long du disque par une mélodie légère. Flottante dans l'air. Sans gravité apparente. Impalpable. Elle s'insinue de manière inconsciente. Elle nous colle à la peau de manière autoritaire. Zorn traque cette frontière. Il nous suspend au balancier du temps, assure la synchronisation des musiciens. La mélodie va et vient de manière cyclique [redondance des thèmes]. Elle nous donne le tournis. Impression de déjà vu, déjà entendu. Envoûtement voire exorcisme. Zorn semble vouloir se détacher de la spirale.
Suicide de la mélodie ?
(Bertrand Backeland, Mons)

 

 

Aki Takase / Konrad Bauer : « News from Berlin »
(Victo, Canada, 2002)

UT0235

 

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Duo frétillant [ piano / trombone ].
Expression volubile investissant les moindres recoins de l'esprit. Abondance des thèmes. Dérangement permanent. Invitation au jeu. Les musiciens s'offrent continuellement de nouvelles ouvertures. Émulation braxtonienne. Ils improvisent les règles. Inspiration monkienne. Enchevêtrement de mélodies construites sur le tas. Sans prétentions. Swing décalé sans pour autant perdre le fil des idées proposées. Correspondances énergétiques. Le jeu roule sans discontinuer. Dans ce que l'on pourrait appeler une certaine tradition du jazz improvisé.
(Bertrand Backeland, Mons)

 

 

 

Ramon Lopez : « Duets 2 : Rashaan Roland Kirk »
(Leo, Grande-Bretagne, 2002)

UL7978

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Le percussionniste prodige espagnol se place en fils inspiré du génial iconoclaste, le multi-instrumentiste Roland Kirk.
Ces neuf dialogues, en tête à tête avec guitare, contrebasse, guembri, électroniques, trompette, scie musicale, voix et trombone, sentent bon le génial bordel organisé, qui paraît déroutant, de prime abord, mais qui incarne clairement l’esprit voyageur et ludique du maître, qui, de là-haut, doit contempler ces petits-fils avec un air forcément ravi ! Nous aussi.
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

Uri CAINE & Concerto Köln : « Diabelli Variations (Ludwig van Beethoven) »
(Winter & Winter, Allemagne, 2002)

UC0274

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Uri Caine propose une version gourmande, à facettes multiples, des Diabelli Variations. Il en fait une vaste demeure orchestrale brillante. Pleine de chambres magiques, de passages secrets. Citations, références qui glissent. Apparitions qui ravissent. À l’intérieur, au piano, il joue à cache-cache, se déguise, improvise. Il insuffle des convergences vers Bach, vers Mozart, vers le jazz (bien sûr). La musique comme auberge espagnole pétillante. C’est tonique, ludique, plein de bonheur. Magistral. (Profitez-en pour comparer avec l’une ou l’autre interprétation classique).
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

 

 

 

 

 

Myriam ALTER : « If »
(Enja, Allemagne, 2002)

UA4533

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Des musiques de Myriam Alter. Délicates intersections latines, orientales, juives, sud-américaines, jazz, classiques... Sensibles dérives dansantes. Comme des souvenirs qui prennent lentement corps. Avec des musiciens qui savent extraire les émotions cachées, les faire venir. Finesse. Raffinement. Des feelings hors du commun (Saluzzi, Cohen, Baron…). Transcription, arrangements de Pierre Vaiana. Moment agréable.
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

 

 

 

 

Rozemarie Heggen & Terrie Ex : « Fiets»
(Terp Records, Pays-Bas, 2002)

UH4226

Rozemarie Heggen, contrebasse – Terrie Ex, guitare

 

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C’est un jeu de cordes très aéré, rien de confiné, rien de reclus, rien de convenu. Qui débouche sur des propositions très ouvertes qui donnent l’impression d’entendre du neuf, des zones cordées nouvellement défrichées.

Un duo d’une rare fraîcheur. Rarement entendu un duo d’improvisation contrebasse-guitare aussi tonique, inventif, intelligent, réfléchi mais sans prise de tête.

La contrebasse mène un chemin de sape consciencieux, posé, structuré, posant des bases. Allant parfois à reculons pour désapprendre et entrer en improvisation. Circonvolutions jusqu’à un coup de sang. Elle fait exploser sa charge. Rampe vers l’air libre en traînant un pathos caverneux. De plus en plus caverneux.

La guitare caracole en cheval fou, brûle toutes les politesses, coupe toutes les priorités, fouineuse fantasque, s’envoie en l’air, décrit des paraboles insensées. S’embrouille, retombe sur ses pattes. Terrie Ex en incroyable branleur de manche de guitare. Près du corps, près du point d’équilibre, près du diaphragme, près de la position de combat. Une guitare qui a du souffle, qui respire, mène toujours son travail de tranchées. Allume des mèches partout.

Cette musique qui n’est pas forcément tendre, ni facile, qui peut exploser, racler, violente, n’est jamais agressive. Elle fonctionne aux énergies radicales mais douces. Renouvelables. Ce sont des improvisations renouvelables. Qui peuvent se recycler. Il n’y a pas de point final autoritaire décrétant l’œuvre finie, aboutie.

Il y a cette magie de l’équilibre cycliste. Ce sentiment de force quand on se propulse à la force de ses mollets, quand la vitesse de déplacement n’est due qu’au déplacement de ses jambes. Ce sentiment grisant d’autonomie énergétique, d’être son seul moteur pour dévaler les pentes, avaler du macadam, traverser un paysage. D’être le carburant brûlé par ce moteur, d’être en combustion. Et en même temps, la fragilité de ne tenir qu’à un fil, de sentir directement la vitesse sur la peau, d’être dans l’élément naturel, dans le vide. Posé sur un cadre, agrippé à un guidon, presque rien. Près de la chute. Près de la crevaison. Sur un fil. Battu par les intempéries.

On sent cette âme de cycliste dans la conduite de ces improvisations !
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

 

 

Paal Nilssen-Love & Mats Gustafsson : « I love it when you snore »
(Smalltown Supersound Records, Norvège, 2002)

UN7516

Paal Nilssen-Love, percussion Mats Gustafsson, baritone sax

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Un percussionniste et un baryton voudraient parler paisibles, stables. Mais voilà, ce n’est qu’embûches, trous d’air, crocs en jambes, queues de poissons, chutes de corps, entraves, quiproquos, méprises, dérapages, pannes et poisse. Tout fout le camp. En lambeaux gonflés à l’hélium. Alors ça énerve. La tension monte, ça bout dangereusement. Ce qui devait ronfler tranquille frise la rupture pétaradante. Hoquets explosifs en sauts élastiques. Roulements de mécaniques dépenaillées, hérissées. Colériques, aux bégaiements brutaux, contondants, mordants. Mitraillettes du souffle excédé. Duo merveilleusement pugnace, hargneux. Comme s’exprimant avec des instruments magnifiquement en loques !
Remarquable. Ça claque.
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

Copyright © La Médiathèque, 2003