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______MONDE______

 

sélection du mois d'avril  2004

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Sexteto Mayor : « Passion du Tango »
(Network Medien, Allemagne, 2003)

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Paris otonâl

Recuerdo

 

Sexteto Mayor : une institution ! Cet orchestre argentin a connu un succès international avec Tango Argentino. Débutant à Paris en 1983, ce spectacle fit le tour du monde, créant dans son sillage un nouvel engouement pour le tango – autant écouté que dansé – faisant naître un peu partout de nouvelles écoles de danse.
Ce double album, édité à l’occasion de leur trentième anniversaire, est « plein de vie, de romantisme et de passion » comme le dit Luis Stazo, un des deux bandonéonistes fondateurs de cet orchestre mythique. Le livret, bien fourni, retrace leur histoire et replace les morceaux choisis dans leur contexte. Conçu comme un orquesta típica (deux bandonéons, deux violons, piano et contrebasse) des années 20, en plein âge d’or du tango, le Sexteto Mayor, par ses arrangements, sonne parfois comme un grand orchestre. Et, de fait, sur l’une ou l’autre plage, les violons sont un peu trop présents et langoureux. Mais ce style – appelé aussi tango de concert – est particulier au Sexteto Mayor. Cela se découvre surtout dans le premier disque De Gardel a Piazzolla y mucho más. Le deuxième disque Tangos para bailar, plutôt destiné à la danse, est un peu plus dépouillé. Mais rassurons les « milongueros », ils pourront toujours danser sur la plupart des morceaux du premier disque…
Les enregistrements s’étalent de 1973 à 2003. La plupart des plages sont des tangos du répertoire traditionnel; quelques-unes des compositions du Sexteto y sont ajoutées, comme par exemple París otoñal (1995). Enfin, Adriana Varela, à la voix grave et sensuelle, apporte son écot de passion dans les deux tangos chantés de l’album ! Un vrai plaisir… à écouter et à danser !
(Roland Vin, Collection commune)

 

 

DÉZORIENTAL : « Terra incognita »
(Dreyfus, France, 2003)

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Negresse

Moujawar

Bien plus que de la musique métissée, Dézoriental défie les styles établis, voyage en Terra incognita avec aisance et voluptés. Leur Saint-Étienne de cœur est loin d'être leur nombril du monde. Un premier album éponyme annonçait déjà cette nécessité d'investir des territoires colorés d'influences multiples, d'intégrer le musette de l'hexagone à la lancinante musique berbère, d'entrelacer le rock de la ZUP à la liberté du jazz. Ici, ils apportent, comme à l'auberge espagnole, leurs ressentis, leurs origines, leurs engagements à réinventer un paysage « espéranto ». L'accordéon (joué par Jean-Luc Frappa), l'oud (d'Alaoua Idir), le tuba (de Frédéric Delluc), les guitares et l'harmonium s'épousent et ouvrent le bal à la noce de l'Orient et l'Occident. Une pop arabique chatoyante, enrubannée de rythmes gnawas, de youyous, de gouaille électro (pour la reprise de Vesoul de Brel) ou un rappel hypnotique au chant de Nusrat Fateh Ali Khan, se met allègrement au service de textes renouant avec un certain humour contestataire. (Sur le méridien de New York / On règle nos idées… La musique est un bordel / Une multinationale… / Nous sommes tous Américains… Pas moi !). Cette voix… (Abdel Waeb Sefsaf) nasillarde, au souffle dense, à l'énergie pure, coule, se fait chantre de la cause des femmes. Qu'elles soient d'ici, d'ailleurs, connues ou pas, de Kaboul, d'Afrique, de l'Est ou d'Inde. De celles qui persistent à garder la tête haute face à la barbarie. Terra incognita : ode à la Femme, ode à la poésie, odes héroïques déchirant les voiles pour qu'enfin ils ne soient plus que fines batistes tramées en lin solide battant au vent d'une espérance d'humanité escomptée. Moments suspendus, tendus vers une vision ouverte en terres inconnues. Explorant la féminité du monde, caressant son ventre, gouttant à la chaleur de ses entrailles, ensemençant cette matrice afin que germe le « meilleur ». Se désorienter, s'autoriser l'errance sous contrôle, non celui qui enclôt mais bien celui qui investit le goûteux de l'espace vierge. Et… Songe à la douceur d'aller vivre là-bas / Vivre ensemble ! Aimer à loisir / Aimer et mourir au pays qui te ressemble !
(Brigitte Lebleu, Charleroi)

 

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