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___ROCK, POP, FOLK, TRIP-HOP, TECHNO__

 

sélection du mois de mars 2002

 

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SLO-MO : "Novelty" (Acid Blues Records, USA, 2000)

XS497K (réf. Médiathèque)

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La country music réactualisée, retravaillée. Slo-Mo est un duo à la base, ils sont multi-instrumentistes (dobro, basse, batterie, claviers …). On avait déjà rencontré Beale Dabbs aux programmations chez R.L  Burnside. Ils se sont entourés d’invités divers qui, de ci de là, ajoutent leur petite note personnelle. Les programmations électro et un DJ dynamisent le tout.
(Brigitte Molenkamp, Woluwe-St-Pierre)

 

 

 

Christian WOLZ : "E inom rah" (Prikosnovenie, France, 2000)

XW846D (réf. Médiathèque)

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C’est une voix. Qui se reproduit, se multiplie, se superpose. Nappée, mystique, dans les synthés et l’ambre techno. Ou se love, narcissique, dans les lacets hypnotiques et rugueux du violon. Une voix qui se transexualise, s’animalise, transgresse en douce les cantors de toutes les religions. Elle traverse les traditions primales des cris et prières nordiques, orientales, celtiques ! Une voix qui se satanise aussi dans de brutales hystéries. Androgyne. Esthétique. Excessive. Voix de tête, de gorge, abdominales, s’interpellent, se répondent, yodlent ensemble, comme plusieurs personnalités au sein d’un même individu. Christian Wolz institue ses cordes vocales "prêtresses" du multiculturalisme ! Ou le multiculturalisme comme possession inévitable ? C’est un chant plein de corps étrangers. Sans rejet mais, heureusement, il n’escamote pas trop les zones explosives entre les différentes étrangetés !
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

 

 

David THOMAS AND TWO PALE BOYS : "Surf's Up !" (Glitterhouse Records, Allemagne, 2001)

XT413K (réf. Médiathèque)

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David Thomas balançait avec Pere Ubu en 1977 (!) une magistrale Modern. Dance sèche et survoltée, préfigurant les Pixies. Avant de s’autotorpiller dans un merdre sonique total, sans concession. Une voix tailladée, tatouée, percée, décavée, exangue, mutilée, pleine de tares et traumas, au souffle biblique, auréolée, et surtout en cavale dans l’Amérique profonde pour y semer de magnifiques et maléfiques danses très lynchiennes. Danses de revenant avec guitare de feu et trompette spatiale (ou vice versa).
Une voix de marin échoué dans sa mer intérieure et qui souque au mélodéon pour inviter, cabotin, à surfer au-delà.
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

 

 

Ellen BAND : "90% post consumer sound" (XI Records, USA, 2000)

XB093P (réf. Médiathèque)

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Un bout de gamelan mis en boucle et qui, dans sa course, assimile les bruits extérieurs qui vont accélérer et structurer son mouvement, voitures, déplacements d’air, train. Une mise en scène sonique de sons de violon rejetés, mis au rebut parce que pas nets, pas calibrés, pas beaux, pas policés. Or, cette accumulation de crincrins acquiert une force plastique saisissante, dérangeante. Le mixage comme retraitement de sons usagés. Voici les bruits d’entrailles d’un vieux radiateur bouillant, glouglous, craquement de fonte, soufflet, vapeurs, pschhhtt, transformés peu à peu en polyphonie, puis en brouhaha évoquant un gamelan qui déraille. Sensation forte : se faufiler dans cet objet kitsch, une volière paradisiaque electro, volons dans les plumes d¹un nuage techno canaris.
Ellen Band, influencée par Fluxus, John Cage, contribue à réduire l’écart entre musique classique et cultures savantes alternatives. Position critique et politique vis-à-vis de la société de consommation. Elle se tourne vers des matériaux "récupérés", impropres à la transcendance.
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

 

 

RANDOM INDUSTRIES : "Selected random works" (Ritornell, Allemagne, 2000)

XR105S (réf. Médiathèque)

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Capsules technos à la chaîne, qui s’ouvrent à l’écoute instantanée. Et libèrent leurs fluorescences. Spatiales. Robotiques. Lyriques. Pathétiques. Noise. Hardcore; Sirop. Répétitives ? Prétentieuses. Malsaines ? Radieuses.
Le tout froidement usiné. Tous les coloris. Chaque fois quelques secondes. Clip clap. Zooms acérés sur les détails d’une techno-imaginaire glacée. Histoire d’enchaînements. De raccords. Il est recommandé d’utiliser le
random/shuffle du lecteur de CD. L’aléatoire dans l’ordre des morceaux modifie à chaque fois la physionomie du CD.
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

 

 

 

CALIFONE : "Sometimes good weather follows bad people" (Glitterhouse, Allemagne, 2000)

XC029S (réf. Médiathèque)

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Issus des cendres refroidies des combos Rex et Red Red Meat, trois compagnons d’aventures s’approchent irrésistiblement de l’astre brillant qui luit dans cette morne nuit américaine. Le passé (guitares boisées, orgue millésimé, piano de bastringue,…) fricote avec le futur (platines, traitements électroniques furtifs, programming,…), dans de sombres étreintes, pour "accoucher" d’une sorte de trip-folk/blues, blafard en apparence et pourtant lumineux à plus d’un titre.
(Lionel Charlier, Liège / Seraing)

 

 

 

Gianmaria TESTA : "Valse d’un jour" (Chant du monde, France, 2001)

XT290T (réf. Médiathèque)

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Il viaggio

Il valzer di un giorno

Si Leonard Cohen avait été Italien, il se serait appelé Gianmaria Testa ! En effet, tout rapproche ces deux musiciens : même univers poétique, croqueé avec une insatiable verve traînante (bluesy ?), racontant la vie de tous les jours, avec sensibilité et expressionnisme, ici juste accompagné par deux guitares acoustiques, remarquablement utilisées ou un mélodica. Superbe !
(Lionel Charlier, Liège / Seraing)

 

 

 

 

 

Anja GARBAREK : "Smiling & waving" (Virgin Records, Pays-Bas, 2001)

XG094I (réf. Médiathèque)

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La fille de l’éminence du jazz nordique, Jan Garbarek, nous fait partager, avec cet album attachant et pudique, ses pathos et sa mélancolie déboussolée. Mélodies en suspension, voix (souffle ?) sur le point de s’évanouir, rappellant Stina Nordestam (autre écorchée vive), atmosphères étranges, vaporeuses, où se baladent tristement un douloureux cortège de cordes, des percussions caoutchouteuses signées Steve Jansen (ex-Japan), un piano satien ou une basse vaporeuse, dus à Mark Hollis (cf.Talk Talk), des inserts électroniques intimistes et, comble du rêve, la voix magique de Robert Wyatt ! ! Carte de visite troublante…
(Lionel Charlier, Liège / Seraing)

 

 

 

CIBO MATTO : "Stereo type A" (Warner Brothers, USA, 1999)

XC420C (réf. Médiathèque)

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Les deux "sorcières" nipponnes (et leurs sidemen de luxe) représentent en fait tout le contraire du stéréotype ! Leur musique se nourrit de tout (rock, soul, hard, jazz, pop, hip-hop,…), avec avidité et intelligence, afin de créer la recette idéale du "bonbon fondant sous la langue, avec surprise craquante à l’intérieur". En dégustation au rayon confiserie fine !
(Lionel Charlier, Liège / Seraing)

 

 

 

 

THE MARRIED MONK : "Rocky "(Wagram Music, France, 2001)

XM202C (réf. Médiathèque)

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Roma amor

Ancora tu

Uppercut du droit (une voix lancinante, à l’évidente séduction), crochet du gauche (mélodies pop ahurissantes de maturité), direct dans le foie (reprises trafiquées de Lucio Battisti et Robert Wyatt), suivis d’un coup fatal à la mâchoire (dérives sensuelles funky) et vous vous retrouvez sur le tapis, meurtri, amoché, vous demandant quelle est cette tornade qui vient de s’abattre sur vous. La prochaine fois, méfiez-vous d’un groupe français, au nom en apparence pacifique, mais pourtant prêt à en découdre avec toute la planète pop ! !
(Lionel Charlier, Liège / Seraing)

 

 

 

 

MIGALA : " Arde" (Acuarela, Espagne, 2000)

XM543O (réf. Médiathèque)

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A l’écoute du troisième album des Madrilènes, on reste stupéfait face à la maturité musicale du sextet. Mélodies affranchies d’un folk des terres arides, soulignées par des instruments à vent et à cordes, un piano du plus bel effet, la caresse d’un accordéon et puis cette voix, nonchalante, "cohenniene", proche de la fracture, au charme latin ténébreux, habite cette merveille, qui mérite tous les louanges et venge d’un seul coup toutes les "horreurs" à tendance hispanique, dont le commerce est continuellement inondé… A bon entendeur !
(Lionel Charlier, Liège / Seraing)

 

 

La modernité se cacherait-elle au fond du jardin ?

L’échappée belle de quelques passagers clandestins fuyant une certaine représentation de la modernité démontre qu’en empruntant des chemins de traverse on peut s’opposer à toute forme autoritaire de création. Les musiciens illustrent un vagabondage affectif et idéologique en revendiquant une liberté qui se loge dans la faille de cette modernité manipulatrice. Eloignées de tout archaïsme, ces expressions qui utilisent une forme de recyclage homéopathique vont à l’encontre de toute normalisation et codification engendrées par la brutalité de nos vies modernes.

Le premier album du quatuor américain THE KINGSBURY MANX (référence Médiathèque : XK464A ) nous invite à un véritable orgasme psychédélique réunissant la ruralité des Byrds, les sucreries des Beach Boys, les brumes velvetiennes et une léthargie toute barrettienne. Des chansons en forme de château de sable, éloignées de toute urbanité et sillonnant des routes champêtres. Des routes qui grimpent vers les sommets et plongent dans les descentes, pleines de virages en lacets, une sorte d’antithèse au RAVeL des familles et sa javélisation des sensations. La rusticité de la musique s’inscrit dans un environnement hypnotique et ne tombe pas dans le piège des illusions béatement émerveillées par le spectacle de la nature. Ces musiciens en apesanteur nous délectent d’une musique voluptueuse.

Avec le deuxième disque du trio texan CALLA ("Scavengers" XC033I ) produit par Michael Gira (Swans) et enregistré par le label belge Quatermass, c’est à une nature crépusculaire que nous avons à faire. Les musiciens, tels des insectes nocturnes, attendent la nuit pour se déplacer et sortir chasser. La noirceur des compositions entre country folk torturée et blues tourmenté nous invite à une expérience traumatisante du côté de nos amis les animaux. Cette musique en friche ne nous permet plus de nous calfeutrer dans un cocon confortablement isolé du réel. Les jardins ne sont pas toujours extraordinaires.

Pour le Hollandais Dan GEESIN ("Driving" XG175S ) c’est le chemin parcouru qui compte, pas le but du voyage. Un périple en vélo, moyen de locomotion quelque peu désuet à l’heure du tout à l’automobile et de ses illusions de liberté. Ses chansons ne connaissent pas les affres des embouteillages et n’ont pas besoin de la bonne conscience d’un plan de mobilité pour se frayer un chemin à la dimension bucolique. Loin d’un monde qui cavale dans la course au bonheur obligatoire, à l’argent et à la technologie, notre Hollandais pédalant a choisi de vivre loin d’une société désormais productrice de gagnants dérisoires.

Le second album de Geoff FARINA ("Reverse eclipse" XF135F ) en vacance de Karaté, est enregistré comme le précédent pour le label de Chicago Southern (Rex, Ui, Bob Tilton). Un disque tranquille et sans gonflette électronique où la guitare émaciée accompagne un chant aphasique. Une démarche discrète proche d’une certaine forme de catalepsie. Dans sa bulle émotionnelle et dans son état de somnolence transparaît une zone d’intense perturbation.

On reste à Chicago avec la deuxième production du groupe CALIFONE ("Sometimes good weather follows bad people" XC029S ). Sachant que les différents rythmes des sociétés et des personnes sont politiques par essence, les musiciens ont décidé de ralentir la cadence et de briser le développement de la musique. Comme un sabotage de ce qui est en train de se construire. Si modernité et vitesse sont liées, il n’en va pas de même avec l’urbanité et l’illusion de la vie à la campagne. Ces nains de jardin pervertissent le réel et son organisation sociale en pratiquant le décyclage et sortent ainsi la technologie de sa fonction économique pour lui redonner son rayonnement originel de libération de l’homme. La musique oscille entre l’héritage de Hank Williams et la technique électronique moderne.
(Denis Gillebert, Namur)

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