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___ROCK, POP, FOLK, TRIP-HOP, TECHNO__

 

sélection du mois de février 2003

 

consulter d'autres numéros... Ani DI FRANCO - SMOG - Pierre BASTIEN, Lukas SIMONIS
   

 

 

Ani DiFranco : « So much shouting, so much laughter »
(Righteous Records, Allemagne, 2002)

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Ce double album enregistré lors d’une tournée dans divers clubs et bars entre 2000 et 2002, permet d’apprécier toute l’énergie et le talent de cette fantastique songwriter. Textes virulents, revendicatifs, voix chaleureuse et touchante, accompagnement riche et atypique (saxophone, trompette, orgue, clarinette, accordéon, contrebasse, piano, batterie, guitare acoustique), l’univers généreux et contrasté de la chanteuse conjugue l’essence du meilleur folk, d’un rock percutant et de dérives jazz de qualité. Chef-d’œuvre !
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

 

Smog : « Accumulation : none »
(Domino, Grande-Bretagne, 2002)

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Au risque de se répéter, Bill Calahan est un compositeur majeur, qui nous a déjà donné les plus belles et tortueuses pages du rock « noir » ! Notre opinion ne changera pas, avec ces brillants inédits que bon nombre d’artistes souhaiteraient avoir écrits…
Guitare sur le fil du rasoir, textes sombres, voix expressive, bien que chancelante, cherchant désespérément la lumière et qui, depuis plus de dix ans, hantent nos jours, nos nuits et probablement ceux à venir !
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

 

 

Pierre Bastien, Lukas Simonis : « Mots d’heures : Gousses, rames »
(In Poly Sons, France, 2002)

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À consulter :
http://inpolysons.free.fr

Ukulélé, guitares préparées (ou non), sanza, meccano, orgue, harpe africaine, électronique… Des instruments infinis, bons pour un cabinet de curiosités. Instruments ramassés un peu partout, pour leur apparence de « coins enfoncés dans le monde », en des latitudes diverses. Instruments choisis selon l’instinct de » ramasseur », de glandeur, collectionneur d’objets échoués, bois ou ustensiles recrachés par la mer après transformation. Marinade dans le vide, l’immensité.
Les instruments sont joués franchement, à la régulière, ou trafiqués, manipulés par subterfuges, par dispositifs interposés (qui traduisent la part d’inconscient qui porte vers ces instruments, vers le désir de les mouvoir et s’incrustent dans l’instrument même, agrégation, transformation par immersion dans l’épaisseur du geste musical).
Ça sent l’automate, le Grand Automate, alors que tous ces objets musicaux s’affranchissent, vivent leur vie avec une étrange spontanéité qui échappe à l’homme.

Tous ces instruments semblent orchestrés par télépathie, étrange ballet de musiques somnambules qui semblent aller à l’envers : non pas sortir de la matrice humaine qui engendre ordinairement les musiques, mais venir d’ailleurs et vouloir rentrer dans ces matrices. Elles dansent à l’entrée, comme de belles éphémères pavanées... Joyeuses et tristes. Languides. Dans un clair-obscur médiumnique. Collages et assemblages, copulation de formes musicales aux limites de l’humour magnétique. (Ces assemblages de parties d’insectes, par exemple, de bouts de végétaux, de minéraux, de souvenirs humains, qui imaginent une autre sorte d’êtres plus vrais que nature, qui révèlent quelque chose de vrai sur les formes vivantes déjà au catalogue des connaissances).

Des musiques douces qui, soudain, se mettent en route, automatiquement, mystérieusement, touchées par un souvenir qui se réveille, indéchiffrable, un mini gisement inconscient qui s’embrase, libère une énergie inconnue, insoupçonnée et brûle ses vaisseaux. Dans un lointain. Tyrolien et Africain. Forcément hybride. Entre Tyrol et savanes empaillés, reconstitués, les instruments font la navette, butinent, et, l’air de rien, restituent des mélodies.
Et tout ça, cette archéologie flamboyante, dans les rubans mécaniques d’une poésie oulipienne qui irradie comme une lumière ensevelie (mais à qui on ne la fait pas). Des mots qui n’en sont pas, ou peuvent être n’importe quoi, remplacer n’importe quoi, colmater les pertes de n’importe quel sens. Des berceuses. Des incitations obscènes. Des sentences sages. Engrenages syllabiques aux confins de toutes les langues. Ou d’aucunes. Drôles de chansons à double sens, triple fond. Ça touche.
(Pierre Hemptinne, Mons / Charleroi)

Copyright © La Médiathèque, 2003