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___ROCK, POP, FOLK, TRIP-HOP, TECHNO__

 

sélection du mois d'avril 2003

 

consulter d'autres numéros... Mark EITZEL - James YORKSTON & THE ATHLETES - ADD N TO [X] - THE DELGADOS - Peter HAMMILL - LUNA - COSMOS - POIRE _Z - Jacques FOSCHIA
   

 

 

Mark Eitzel : « Music for courage and confidence »
(New West, USA, 2002)

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Ce chanteur / compositeur pourrait reprendre le bottin téléphonique, que l’on crierait au génie ! Malheureusement, cet auteur de talent n’a toujours pas la reconnaissance qu’il mérite ! Pourtant, ce cinquième album magnifie l’art de la reprise, s’avérant aussi ludique que passionnant. Ainsi, endossant différents costumes, étonnamment taillés sur mesure, il s’accapare, dans le désordre, I’ll be seeing you (Billie Holiday), Move on up (Curtis Mayfield), Ain’t no sunshine (Bill Withers) ou  Do you really want to hurt me (Culture Club), d’une voix qui peut tout, alanguie ou éraillée, grave ou touchante.
Album courageux, certes, mais ce passage en revue de la discothèque personnelle d’un génial iconoclaste nécessite une reconnaissance universelle, tout comme ses autres productions.
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

James Yorkston & the Athletes : « Moving up country »
Domino, Grande-Bretagne, 2002)

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C’est clair, le folk n’a pas la cote dans les nombreux et insipides hit-parades ! Néanmoins, il faudra faire une (grande) place, à ce jeune songwriter écossais, parmi votre discographie intégrale de Bert Jansch, John Martyn, Nick Drake ou John Renbourn ! Car ce sont bien toutes ces illustres références que James Yorkston tutoie, avec aisance et talent, digérant le folk, la country, le blues ou la pop, sans s’attarder sur l’un ou l’autre, mais plutôt, en créant un univers propre, magique, profond, que l’on fréquentera, sans hésitation, avec assiduité !
À suivre !
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

 

ADD N to [X] : « Loud like nature »
(Mute, Belgique, 2002)

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Les fêlés Dr Frankenstein de l’électronique bizarre et déjantée adoptent un virage, que seule l’intelligence permet de négocier, sans risquer de verser dans le ravin du n’importe quoi. En effet, place à un rock industriel post-VelvetoSuicide, fortement accidenté, où les synthés traficotés sont baignés dans un bain d’acide bouillant détruisant (presque) tout sur son passage et les voix s’affolent, hurlent à la mort d’un monde dévasté par la connerie ambiante et constituant, par là même, son parfait antidote…
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

 

The Delgados : « Hate »
(Mantra, Grande-Bretagne, 2002)

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Dès l’intro et son déluge de cordes, on se laissera submerger, jusqu’à l’extase finale, par les dix cathédrales pop, échafaudées par les Écossais et mises en son par l’incontournable Dave Fridmann. Mélodies imparables, voix sincères et émotives, parfait contrepoint des audacieuses pyramides de cordes ou de guitares, qui nous poussent vite à rebaptiser le titre de ce splendide opus, en « Love » (amour) », plutôt que « Hate » (haine).
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

Peter Hammill : « Clutch »
(Fie, Grande-Bretagne, 2002)

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On n’entre pas dans un album de ce grand monsieur, comme dans n’importe quel autre. Sa musique et son univers se méritent, s’apprivoisent, se découvrent et se redécouvrent au prix de sacrifices toujours récompensés.
Ce nouvel opus a été entièrement écrit et interprété à la guitare acoustique, juste épaulée par de discrètes, mais essentielles lignes de saxophones, flûtes ou violons.
Très complexes a priori, familières ensuite, les compositions dévoilent, peu à peu, leurs faces cachées, marquées du sceau de l’excellence, servies par une voix que l’on aime ou déteste, mais qui ne laisse jamais indifférent. Cet album est un très grand cru et s’impose comme un nouveau classique dans une longue discographie jalonnée de perles aussi captivantes, envoûtantes, que celle-ci.
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

Luna : « Romantica »
(Beggars Banquet, Grande-Bretagne, 2002)

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Tout l’art de la mélodie pop coule dans les veines de ces douze chansons surréalistes, servies par un songwriting impeccable, constante d’un groupe aux talents multiples (guitariste extraordinaire, chanteur à la voix ravageuse, rythmique exemplaire, voix féminine troublante), qui donne au romantisme, et à l’amour en particulier, toute sa puissance d’évocation.
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

 

Cosmos : « Tears »

(Erstwhile, USA, 2002)

XC753X

Sachiko M : sinewaves, contact microphone on objects
Ami Yoshida : voice

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À consulter :
www.japanimprov.com/sachikom
www.japanimprov.com/ayoshida
www.erstwhilerecords.com

« Performance live. Ondes sinusoïdales, contacts-frottements entre objets divers et micro. À cela se greffent les jeux de voix de Ami Yoshida, travail d’abstraction radicale de la structure vocale. Les composants électroacoustiques et vocaux se mélangent et fusionnent, rendant complexe leur identification. Étonnante imbrication. » (Jérôme Henry)

Deux corps. Un micro. Une voix. Des ondes. La combinaison est insolite, mais sobre, dépouillée. Il n’y a pas accumulation d’appareils, de technologie. Un certain épurement à défaut d’une certaine pureté. Et les corps comptent beaucoup puisqu’il s’agit d’une performance live et que, finalement, les sons tourneront, proviendront beaucoup de ces corps. Nul doute que ce dispositif déconcerte, remette en question le fait que cela soit de la musique ! Mais dans ce qui peut sembler une incongruité musicale existe une densité, une ferveur qui finit par dégager de la grâce. Il y a une fièvre. Derrière cet exercice, ça travaille, ça crépite, l’engagement est sérieux, il se passe quelque chose, ça imagine, ça irradie. Presque impudique.

Le mystère des dents. Quand elles poussent et déchirent les gencives, le monde tourne autour d’elles. Douleurs, grincements, fièvre, cris, salivation. Un monde, un univers. Une bulle. Quand une dent balance, qu’elle tient à un fil, elle absorbe toute l’attention. On se concentre sur ses mouvements. Les sensations que cela procure. Douleur, salive, goût du sang qui se répand dans la bouche. Excitation de sentir quelque chose qui se détache du corps, qui va tomber, laisser un vide, un creux. La langue travaille. Cela devient en soi un cosmos intérieur, complètement absorbant.

Le disque donne à entendre les petites musiques étranges, musiques de frottements, entre ces légers cosmos intérieurs. Quand la vie d’un organe s’isole, se transforme en univers à part entière. Cosmos craquants. Bulles intérieures aux lisières fragiles. En gestation, entre douleur et extase. Ces zones crépitantes, qui se créent aussi entre plusieurs vies qui se rapprochent, cherchent leurs intersections. Interpénétrations de bribes infimes, intimes. Le bruit de ces interpénétrations fibreuses, comme des intrusions, comme des mélanges qui s’enchantent aussi. Explorations. La voix lâche des sortes de méduses très fines, découpées, ouvragées, compliquées, qui flottent au ralenti, ou s’écrasent, se déchirent. Amplification hypertrophiée, au ralenti, de toutes ces sécrétions qui se déclenchent dans un acte de reconnaissance entre zones personnelles, de rapprochement. Petites musiques chipotées au ras des pores, des tissus, et dans la lumière rasante de l’aura qui s’en dégage. Une agitation séminale abstraite. Un cantique chaotique, erratique dans l’univers buccal, les danses labiales (le micro semble explorer le palais, ses reliefs, sa voûte, les nervures et les cordes qui conduisent à l’émission vocale, celle-ci répercutée par l’ivoire des dents brillantes…). Plongez dedans !

(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

 

 

Poire_Z : « Poire_Z + »
(Erstwhile, USA, 2001)

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L’aspect clinique confère à l’ensemble une atmosphère de salle de réanimation. Bips qui surveillent le fil onirique. Textures comateuses. Chaque vie est entendue, ici, comme se déroulant sous forme de bandes magnétiques qui s’échappent de sa bobine, rubans sonores de vie. Qui se déroulent comme des serpents. Dans l’infini obscur. Parois miroitantes. Des singes jouent avec les fils sonores de ces vies (chaque histoire individuelle est racontée par un de ces journaux intimes bruyants, souvenir vertébral), les déroulent, les emmêlent, les enchevêtrent. Traces, ombilic inextricable de rubans sonores, de vies mêlées dans le même magma grouillant de végétations sonores. De rythmes qui prennent au corps, orientent des destins. Karmas noises en liberté qui se mélangent, empiètent les uns sur les autres, se brouillent, forment un nœud. Une fleur. Travail électro impressionnant, un souffle, une tension pas ordinaires.
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

 

 

Jacques Foschia : « Radio griffe »
(Foschia, Belgique, 2002)

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Trois radios à lampes et un transistor portatif …
C’est un jeu un direct avec les ondes (pas un traitement sonore par ordinateur, sampler & Cie). Ça se pratique avec l’écoute. L’écoute de tout ce qui transite par les ondes radio. Musiques, confidences, informations, petites annonces, interviews, témoignages, météo, déclarations politiques, anecdotes, humour radiophonique, publicité... Interceptés en temps réel. Récupérer, transformer. Jouer sur les brouillages qui modifient le sens. Mettre en interférence avec l’émission d’une autre radio, de plusieurs radios. Faire se rencontrer des ondes. Chercher leurs consonances ou provoquer des accrochages fortuits. Archéologie des fréquences radio. Ce chuintement sidéral qui entoure, sépare, enveloppe les diffusions. Ces sifflements magiques, ces essorages spatiaux, magnétiques, qui entourent le transit des signes et les mélangent. Grondements. Cette réverbération sciencefictionnesque de tous les sons projetés dans les sphères et qui semblent contenir des messages chiffrés, des annonces codées. Émissions clandestines.
(Pierre Hemptinne, Charleroi / Mons)

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