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___ROCK, POP, FOLK, TRIP-HOP, TECHNO__

 

sélection du mois de septembre 2003

 

consulter d'autres numéros... SONGS : OHIA - Ani DIFRANCO - THE JAYHAWKS - John CUNNINGHAM - Cat POWER - Lemon JELLY - Maja RATKJE - Marianne NOWOTTNY - Jérôme NOETINGER, ERIKM -
   

 

 

SONGS : OHIA : « The magnolia electric Co »
(Secretly Canadian Records, USA, 2003)

XS579S

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Jason Molina, avec ce dixième album, devrait, ou alors ce serait une profonde injustice, trouver une reconnaissance amplement méritée qui le débarrasserait de son image de pâle clone de Will Oldham ! Guitares branchées sur 220 V, accompagné par un band exemplaire, il nous offre une monstrueuse leçon de musique américaine, synthétisant avec talent le meilleur de Neil Young, de Creedence, de Hank Williams ou de Lynyrd Skynyrd, tout en y imprimant sa propre marque, celle des grands auteurs/compositeurs, avec laquelle il faudra (on le savait) dorénavant compter ! 
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

Ani DIFRANCO : « Evolve »
(Righteous Records, USA, 2003)

XD548R

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Quinzième opus pour l’intransigeante songwriter ne perdant jamais une occasion pour fustiger une Amérique partant en lambeaux.
Au fil des albums, le discours, bien que fougueux, s’est apaisé par le biais d’une instrumentation plus riche, osant conjuguer « roots » folk ou rock et notes bleutées du meilleur effet (participation d’une section de cuivres).
Une certaine mélancolie, touchante, temporise ainsi cette violence sourde, qui ne s’éteindra probablement jamais, tant l’artiste fait preuve d’une énergie incroyable et d’une inspiration qui dérangent, certes, mais qui, en ces temps d’hypocrisie et de tromperie, méritent un respect total !
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

The Jayhawks : « Rainy day music »
(American Recordings, Pays-Bas, 2003)

XJ311X

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On pensait leur précédent album Smile insurpassable, concentré parfait d’harmonies pop et d’hymnes country rock irrésistibles.
C’était sans compter sur les talents d’écriture de Gary Louris et de sa bande de cowboys, qui remettent les pendules à l’heure et nous offrent quatorze pages d’une Amérique idéale.
Toutes les influences (Flying Burritos, Eagles, Byrds, Dylan,...) sont digérées, intégrées à des compositions jamais prises en défaut, alliage secret et parfait d’harmonies célestes, de mélodies riches et de guitares acoustiques taillées dans le meilleur bois. À noter, la présence de Jakob Dylan, Chris Stills, Matthew Sweet et Bernie Leadon.
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

John Cunningham : « Happy-go-unlucky »
(Top 5 Records, USA, 2003)

XC959P

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Non, il ne s’agit pas de raretés des Beatles !
Et pourtant, John Cunningham crée un trouble certain avec sa nouvelle livraison de pépites pop, ravageuses de classe, de savoir-faire, dont il est d’ailleurs coutumier (encore une des grosses injustices du showbiz !). Dès le premier titre, le songwriter marche sur les plates-bandes de McCartney, qu’il piétine sans vergogne et vous balance neuf autres joyeusetés, tout aussi Fab Four, à grands renforts d’arrangements malins (cordes, cuivres) et  d’émotion.
Alors que l’on célèbre de pâles clones, Oasis en tête, s’évertuant à singer, sans âme, l’héritage pop laissé par Lennon, McCartney, Harrison et Starr, il vaudrait mieux se tourner vers Mr Cunningham, moins frimeur, peut-être, mais doté d’un bien précieux : le talent ! Chef-d’œuvre. 
(Lionel Charlier, Seraing)

 

 

Cat POWER : « You are free »
(Matador Records, Grande-Bretagne, 2003)

XC184N

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Revoici Chan Marshal et son rock folk minimaliste torturé. Dès l’ouverture de l’album, on le retrouve pareil à lui-même : sa voix désabusée, son piano, toujours dans le même univers noir et profond. Mais la surprise nous attend au tournant de la seconde plage où le rock devient plus habillé, pour mieux nous charmer. Tout l’album nous surprendra, entre ballade intimiste et rock plus consistant.
À noter le dernier morceau, un duo avec Eddie Vedder (chanteur du groupe Pearl Jam) qui est méconnaissable. Un album varié et hypnotique.
(Thierry Moutoy, Uccle)

 

 

 

Lemon JELLY : « Lost horizons »

(XL Recordings, Grande-Bretagne, 2002)

XL334D

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Quand un producteur (entre autres de Bjork) et un graphiste décident de former un groupe, le fruit de leur travail ne peut que nous offrir un album coloré et plein de douceur comme nous pensions que seul le Français Roudoudou pouvait le faire. Album fait de collages sonores multiples et incongrus (une comptine ou la conversation entre un astronaute et la terre,…) mêlés à de vrais instruments (guitare, flûte, saxophone, cornemuse, violon).

À noter qu’un DVD avec le clip de Nice weather for ducks est aussi disponible (XL334E ).
(Thierry Moutoy, Uccle)

 

 

Maja Ratkje : « Voice »
(Rune Grammofon, Norvège, 2002)

XR154A

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Chaud et froid, ange et démon, rêves et cauchemars. Un jeu musclé et vicieux sur les antinomies constitutives de la personnalité morcelée. La VOIX, oralité et vocalité, comme lieu de passage de toutes les forces qui nous traversent, forces de pression, forces de délivrance (« la langue est-elle fasciste ? »). Radieuses ou sinistres, forces qui nous lient, nous assemblent ou nous déchirent, nous rapprochent de l’azur ou de la merde. Nous disent, nous dictent notre être, notre avilissement, notre appartenance, par le rayonnement de la langue. Chanter, crier, mettre la langue dans cet engrenage électrique, survolté, plein de pièges. Jeu vocal en miroir avec la parano inhérente au langage. Prestation dès lors entre animalité, premiers balbutiements magiques, puissances irrationnelles des vocables déchaînés et hébétude, gâtisme, soumission et vermines hystériques protéiformes, sans retenue aucune. Un travail très sophistiqué, très contrôlé, magistral. Parfois un peu snob dans les collages, le glissement des citations, prétention ou sain orgueil ? En tout cas, exhibition vocale phénoménale coulée dans un soundtrack electro rock soft ou trash, grande classe démente.. !
(Pierre Hemptinne, Mons / Charleroi)

 

 

Marianne Nowottny : « Illusions of the sun »
(Camera Obscura Records, Australie, 2002)

XN876R

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Vocals, electronics keyboards, piano, harmonium.
Marianne Nowottny gonfle et libère des mélodies (comme des ballons à l’hélium). Ce sont des mélodies qui montent haut, puis, brûlées de soleil, éblouies de lumières intérieures, se mettent à papillonner. Loopings, descentes en piqué, montagnes russes volatiles, vrilles latérales. Balades imprévisibles. Au gré des bouffées de chaleur de l’harmonium. Les claviers sont très intimes, très « encastrés » dans la morphologie, physiologie de la chanteuse. Comme actionnés par son chant (en tout cas relevant du même mécanisme). Pulsations pneumatiques. Claviers aériens, aquatiques, libérant une brume poudreuse, scintillante enveloppant ces chants de sorcières, chants à l’envers. En figures libres, ou esquisses de ragtime champêtre…
Le décalage par rapport au standard, au modèle de la chanteuse de charme s’accompagnant au clavier, est très minime. Et pourtant, on est déjà de l’autre côté du miroir. Comme quoi…
À consulter :
www.cameraobscura.com.au
http://www.abatonbookcompany.us/nowottnyfanclub.htm
(Pierre Hemptinne, Mons / Charleroi)

 

 

Jérôme Nœtinger, erikm : « What a wonderful world »
(Erstwhile Records, USA, 2003)

3-K.Pad systeme/MD/turntables/ electroacoustic devices

XN652I

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Un CD qui sent bon, en quelque sorte, la revanche sadique : une gamme raffinée de supplices chinois infligés au standard What a wonderful world et à tous les tubes qui se sont inscrits, qui s’inscrivent et s’inscriront dans la même affirmation mensongère de bien-être… ! (Non, ça va au-delà du sadisme).
What a wonderful world, un standard écrit par George Weiss et Bob Thiele… En préparation à l’écoute du CD de Nœtinger et Erikm, réécoutez la version qu’en fit Armstrong. Et l’on a toute la violence implicite de cette mélodie autoritaire. Violence que les deux trafiquants de codes sonores alternatifs vont désarmer en la faisant exploser par petits bouts grimaçants. En effet, entendre Armstrong être mis tout entier au service de ce sirop, de cet émerveillement et de son gâtisme arrogant, parce que c’est un émerveillement coulé dans l’esthétique d’un système social, un système social qui en a fait baver à Armstrong et aux siens, ça laisse pantois. Disons qu’un malaise s’insinue…
Le « wonderful world » est ici un monde criblé d’antidépresseurs. Jusqu’à saturation. La mélodie du bonheur est gavée de barbituriques.
Les deux musiciens se livrent à un énergique travail de décapage. Bribes de tubes gonflés à l’hélium, bourrés de silicone et qui éclatent progressivement, coutures après coutures. Qui se fracassent dans tous les sens. Ça crée des crevasses dans l’euphorie fanatique. Et alors, derrière, c’est la prolifération du cauchemar. Des heurts, des agitations, des épilepsies, comme gratuitement. Tout aussi gratuitement que la mélodie du bonheur dans un premier temps. Mais quand même, s’amorce autre chose, un vrai langage sonore, complexe certes, morcelé, mais fouillé, multidirectionnel, pluridisciplinaire, multisensoriel, l’élaboration d’un vrai langage du désastre vaut mieux que la négation du langage incarné dans une guimauve.
Les dispositifs acoustiques et électros ne manquent pas d’espièglerie…
À consulter 
www.erikm.com
www.metamkine.com
www.erstwhilerecords.com
(Pierre Hemptinne, Mons / Charleroi)

Copyright © La Médiathèque, 2003