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___ROCK, POP, FOLK, TRIP-HOP, TECHNO__

 

l'article du mois de septembre 2003

 

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God Boredoms…

Dès leurs débuts (voir XB719B ) rassemblant Soul Discharge (1989) et Early Boredoms (1982-1987), sur Shimmy Disc pour ce qui concerne leur discographie à la Médiathèque), les Boredoms, le groupe japonais de Osaka, formé autour de l’infatigable Yamatsuka Eye (composition, bruits de bouche, chant, voix, hurlements, djing et bien d’autres manipulations instrumentales…), sonnent comme l’électron libre du… free-impro-rock au Japon et aussi, quelques années plus tard, aux États-Unis où ils côtoieront Sonic Youth et John Zorn. Impossible d’oublier les albums de Zorn‘s Naked City où se distinguent toutes les possibilités vocales d’un Yamatsuka Eye survolté. Leur premier véritable album Osorezan no Stooges Kyo paraît au Japon en 1988, en vinyle et ne figure pas dans les collections actuelles de la Médiathèque. Cependant, leur premier mini-album Anal by Anal, paru en 1986, figure sur la réédition occidentale en 1994 de l’album Onanie bomb meets the Sex pistols (XB719F ) sur le label Earthnoise.  





Extrait audio XB719B :
"Boredroms : Bubblebop shot"

Les Boredoms sont avant tout une incroyable bande d’allumés bien soudés par une énergie contagieuse, enchaînant à la vitesse grand punk des courtes pièces ou de folles improvisations abruptes et s’allongeant parfois en atmosphères proches du free jazz. Souvent à bout de souffle, mais tout cela est « spontanément contrôlé », ils déballent joyeusement le trop-plein de leur âme fêlée en une foule d’attitudes musicales et vocales qui tiennent plus de la prouesse technique et de la volonté de projeter leur imaginaire créatif que d’un franc déconnage.

Derrière une apparence clownesque, monstrueuse, nihiliste et débridée (on sent l’influence artistique de l’Opéra de Pékin comme sur leurs compagnons de Ground Zero avec lesquels jouera Yamatsuka Eye), se disputent et s’équilibrent des jeux complexes, des parties instrumentales d’une invraisemblable finesse, des saccages intentionnels, des destructions, des parodies et des expérimentations délicates ou qui ont l’audace de l’inconscient. Ils sont les surréalistes du punk. La technique de jeu est imprévisible et à la hauteur de l’imaginaire du collectif. Le côté noise provient d’un savoir-faire instrumental et vocal, d’une intention de sonner tel quel et non d’un manque de technique ou d’idées. Ils m’apparaissent, selon les albums et les époques, comme une divinité/monstre de la mythologie bouddhiste, parfois profondément mystique, parfois monstre ayant dévoré bien des éléments de cultures occidentales (rock, disco, industries publicitaires et du divertissement…) régurgitant à toute vitesse une galerie d’images sonores, de flashs trash, de montages collages, de chansons parodiques. Un beau grand vomis gargantuesque où brillent nombre d’orchestrations dont le degré de créativité aura sans doute épaté John Zorn. En plus, ils sont drôles, moqueurs et vouloir les enfermer dans un genre précis est illusoire.  

Paru au Japon en 1988 et réédité en 1994 sur Earthnoise, Onanie bomb meets the Sex Pistols est forcément un album extrême, explosif, un grand écartèlement de la musique punk, trop exiguë pour nos chers bourreaux de la pop. Album de rock ‘n’ roll, oui, mais complètement disséqué. Bien plus drôle que cruelle, une mise en scène explicite des furieux débordements musicaux et comportementaux des punks de la première heure. Une relecture au vitriol, une interprétation moderne, une assimilation et même un dépassement de cette prise de « liberté totale » et de ce besoin vital de détruire les vieilles normes. Les Boredoms vont musicalement plus loin dans l’acte de briser « l’espace chanson » et l’esthétique instrumentale. Ils parodient les soubresauts, brandissent la même énergie, s’amusent de la vulgarité des punks, mais ils privilégient l’imagination, l’inventivité, le développement dans le saccage (leurs morceaux font souvent plus de cinq minutes) par rapport à l’urgence destructrice réglée en deux minutes par les punks de 77.    

Dans Pop Tatari (1992), il y a ce morceau de neuf minutes intitulé Cheeba, très révélateur du type de structure récurrent chez les Boredoms. Un thème écartelé en plusieurs directions par une succession de cellules instrumentales et vocales contrastées qui, abruptement ou de manière plus fluide, forment une plage multicolore dans ses rythmes et autres composants sonores. Comme des sautes d’humeur intempestives, vivifiantes lors d’une écoute précise et pouvant fatiguer ou sembler incompréhensibles pour l’auditeur passif. L’ensemble de l’album se démultiplie de la même façon : dix-huit tranches contrastées, scindées et soudées simultanément.

Pas d’incohérence mais un éclatement renouvelé à tous les niveaux : intensité, distribution changeante d’éléments sonores, tempo et rythmes, colorations, choix des voix…
En 1993, en parallèle au  son live du tonitruant Life is ok ! (XB719D
) paru sur Avant records, un merveilleux single intitulé Super roots (XB719E ) paraît sur Reprise Records (une compagnie de Warner). C’est presque un mini-album unplugged tant la diversité et l’inventivité acoustiques règnent avec peu d’électricité et d’amplification. Racines extrêmes-orientales et blues sont perceptibles mais singulièrement ‘dé-redéconstruites’.
En 1994, ils poussent encore un peu plus loin les limites de la dérision en matière de rock avec Chocolate Synthesizer (XB719G
) sur Wea Japan, où ils passent à la moulinette quantité de clichés qui deviennent des constructions inouïes.  


Extrait audio XB719E : 
"Boredoms : Chocolate out"


Extrait audio XG719G : 
"Boredoms : Acid police"

Si les premiers albums sont des éclats formidables d’énergie musicale libre et ironique, tel Onanie bomb meets the Sex Pistols (XB719F ), plus tard ils développent une inspiration plus mystique, moins punk, mais toujours novatrice et pleine d’humour, l’humour du moine coquin qui se serait trompé de champignon. Avec l’album Super ae (XB719I ), sorti en 1998 sur Birdman records, ils rassemblent leur imagination et toutes les plages rejoignent un même courant d’énergie positive, solaire, fulgurante ou cosmique comique. Section rythmique au galop, guitares fougueuses mais aussi une distribution d’effets sonores sur chaque instrument et plein de petites singularités en matière d’arrangements. Voir aussi le précédent Super Roots 6 (XB719H ) où le tournant vers une profusion d’atmosphères psychédéliques, (encore) dynamisées par un sens de l’humour profondément musical, est déjà bien amorcé.
Cette tendance où les énergies débordantes sont canalisées, rendant la musique moins chaotique, plus fluide, est confirmée dans Vision Creation Newsun (XB719J
) paru en 2000 sur le label Birdman. Si l’électronique s’est depuis longtemps introduite dans les atmosphères, et que l’électricité est toujours un fulgurant vecteur, l’esthétique acoustique de plusieurs instruments est aussi à l’honneur. Ici, il n’y a plus de bouleversements abrupts ni de découpages moqueurs, mais de complexes envolées sous un soleil radieux et une esthétique s’apparentant plus à une tendance progressive du rock. Un groupe véritablement pourvu d’un troisième (Yamatsuka) eye.

La discographie complète des Boredoms est une nébuleuse que même les différents sites Internet ont du mal à démêler. Cependant, pour ceux qui aiment les fils conducteurs, on trouve les membres des Boredoms dans différents projets, notamment : Yamatsuka Eye (le chanteur…) dans Hanatarash (XH121A , XH121B ), John Zorn’s Naked City (en jazz), Omoide Hatoba (XO318I , XO318J , XO0318K , XO0318L ), Ufo or Die (XU049B ), Ground Zero (XG889K et en jazz UG8040 ).
Yoshimi (la chanteuse, batteuse…) dans Ufo or Die, Ooioo (XO084I
, XO084J ) et aux côtés de Kim Gordon (Sonic Youth) et Julie Cafritz (Pussy Galore) dans Free Kitten (XF810U , XF810V , XF810W )
(Pierre-Charles Offergeld, Liège)

 

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