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___ROCK, POP, FOLK, TRIP-HOP, TECHNO__

 

l'article du mois de décembre 2003

 

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Scout Niblett, toute la richesse de l'art pauvre.

Sur scène, seule, aucune mise en scène, une guitare ou une batterie et une voix à faire tomber tous les masques.

Il y a dix ans que Rid of me, le second album de P. J. Harvey est sorti des griffes de Steve Albini, (guitariste et noyau dur du vivant Shellac et des défunts Big Black et The Rapeman)… producteur aussi recherché que détesté pour sa mise en valeur « crue et en une prise » de la musique des autres.
« The Rapeman » a récidivé discrètement sur les plages du second Scout Niblett et avec son consentement puisque c’est elle qui est allée le tenter aux États-Unis.
Et c’est parti pour l’album de rock le plus « proche de la moelle » depuis longtemps. Du cœur, des os, un filet de voix qui ruisselle comme de l’argent entre vos omoplates.
D’emblée, un faux fougueux « beat » de batterie maladroit, à l’aise comme un cœur battant la chamade au creux d’un ventre amoureux : « Ma, this boy is driving me wild » et la petite voix de conclure « it’s the best, but it’s late coming… ». Rien que la batterie et la voix ! Comment est-il possible, en jouant « faux » en plus, d’exprimer un sentiment avec autant d’intensité ? Ici la prise de son a toute son importance. Elle profite des « défauts » du jeu pour souligner un sentiment et une sensation qui veulent exister en dépit de la technique. Il y a un lien direct entre le son charnel de la batterie, le rythme approximatif et l’émotion dévorante, le battement de cœur syncopé, essoufflé qui nous assaille soudain dans certaines circonstances.
Plage 2, la voix de Scout Niblett s’affirme avec un aplomb formidable, un timbre à faire trembler la batterie et la guitare. Mais personne ne tremble plus, personne ne reste en arrière, personne n’a tort, les trois instruments sont d’accord là-dessus, c’est un morceau en forme d’affirmation très forte, une promesse d’engagement.
Tout au long de l’album, la prise de son est étonnante. Le son est simple et direct, tout proche, tellement proche qu’il semble hyper-réel. On n’a pas affaire à l’Albini des débuts qui aurait fait sonner punk Chantal Goya. Les éléments sont clairs, pas abîmés comme dans Rid of me de P. J. Harvey par exemple. C’est aussi dû au fait qu’il n’y a jamais plus de deux ou trois sources sonores simultanément.
Rien n’est enjolivé, mais tout est capté, même les déséquilibres : la force maximale d’un simple accord, la netteté d’un roulement, le timbre de la voix, la richesse d’un son de corde, la couleur d’une grosse caisse…
Son album précédent Sweet Heart Fever (XN477A ) sur le label Secretly Canadian révèle déjà une chanteuse hors du commun, dont la voix pas totalement pure, plus mélancolique, capable de bien des prouesses en toute humilité, exprime des textes à l’écriture poétique, visionnaire, intime et symbolique sur les difficultés existentielles. La guitare acoustique est presque le seul instrument de l’album (hormis un peu de batterie revigorante ou de basse troublante), elle agit comme la prolongation de la voix mystérieuse, parfois complètement dématérialisée, de Scout Niblett. C’est un album qui flirte volontiers avec la déprime malgré sa beauté formelle, assez proche en cela de Nirvana, version unplugged.
I am est nettement plus positif, Scout Niblett y surmonte ses angoisses et balance un rock minimaliste assez fort que pour assumer ses faiblesses. Un disque affichant un sourire désarmant face à la mort et qui jouit de l’idée de vivre maintenant en dépit de tous les signes négatifs extérieurs et intérieurs. « Je suis » affirme ses petites différences sans subterfuge technique et fait sonner le peu qu’il a comme si c’était sa dernière chance. On trouve dans la personnalité musicale de Scout Niblett une sensibilité écorchée et lunatique proche de celle de P. J. Harvey, un enthousiasme lutin rappelant celui de Marion dans Dog Faced Hermans et la réserve d’une voix d’ange accrochée à la vie plutôt qu’à ses rêves. 

Scout NIBLETT : « I am »
(Too Pure Records, Grande-Bretagne, 2003)
XN477B


(Pierre-Charles Offergeld, Liège)

Copyright © La Médiathèque, 2003